Je lisais le mois dernier sur le site de L'Equipe un article reprenant les derniers échanges entre Paul Le Guen et Claude Makélélé. L'un disait : «Il n'est pas le meilleur entraîneur que j'ai connu».L'autre répondait «Ce n'est pas le meilleur joueur que j'ai connu». Des propos qui n'empêchaient pourtant pas l'existence d'un fort respect entre les deux hommes.
Ces propos m'ont ramené plus de trente ans en arrière, en classe de 4ème,
et aux liens qui m'unissent à mon ancien professeur de mathématiques. Là aussi, il n'est pas le plus grand professeur que j'ai côtoyé et je n'oserais jamais prétendre au titre de meilleur élève
qu'il ait rencontré.
Comme quoi, avoir une place d'honneur à un quelconque hit-parade n'est pas nécessaire pour tisser des liens que j'ose qualifier d'exceptionnels, capables de résister à l'épreuve du temps et des
exigences de la vie moderne. Le passage au lycée, les études supérieures, le déménagement sur Paris, la vie professionnelle, la vie de famille, ...
Aucune de ces étapes n'a pu nous éloigner et effacer ces moments rares où nous nous écrivions sur les mêmes tableaux, où nous réfléchissions sur les mêmes problèmes, où nous partagions la même
terrasse d'un café. Le souvenir de ce qu'il m'a enseigné est évidemment un ciment de notre relation. Il m'a appris à être plus autonome, à savoir ouvrir un livre, à apprendre sans l'aide d'un
professeur, à accélérer mon rythme de progression, à élever mon degré d'exigence...
Comme je fais parti de ses premiers élèves, je lui ai sûrement apporté quelque chose moi aussi, peut-être en lui permettant de se jauger sur ses premiers cours, ses premiers exercices, ses
premiers devoirs, ... Mais les souvenirs scolaires ne peuvent être la seule explication à la longévité de nos échanges. Il était là à mon mariage et j'étais présent à son départ en retraite.
Alors peut-être que ce qui nous relie, c'est d'abord la fidélité.
Par Fabrice Gérin